J'écoute : mes amants crier mon nom...
Je regarde : avec les yeux du bovin qui broute dans un champs pendant que le train passe (très sexy la vache...)
Je lis : essentiellement du théâtre mais j'écris davantage.
Je joue : à la séduction et aux plaisirs solitaires
Je mange : donc je suis!
Je bois : mojito! un plaisir orgasmique (pourquoi je cherche un homme moi???)
Je cite : volontiers Céline
Je pense : ((...) je suis blond)
Je rêve : de m'accomplir
(mis à jour lundi 21 août 2006 à 18:36)

28/10/2006

28/10/06 - 18:37

Exercices de styles

Version Focalisation Interne:

Dans le métro, à 12h00, en allant au travail.
Son pouvoir de séduction dépasse celui de tous les autres au point que mes jambes flagellent. Sa beauté réside dans l’harmonie de son visage noir et bien fait ; son buste est droit, il a de la carrure, ses cheveux crépus sont luisants. Il a la prestance de ces hommes qui ont vécu et sans doute bien vécu. Il porte en son sein ces cicatrices avec lesquelles on apprend à vivre. Il me regarde toujours, il détecte mon trouble, je suis pris au piège dans une étreinte imaginaire, prêt à exécuter tous ses fantasmes. Nous sommes épiés par un homme assez corpulent qui a le visage triste.
Il s’approche, élégant, raffiné et majestueux. Je lève la tête pour le regarder. Il est plus grand que moi. Désir instantané dans tout mon corps. Il dégage les effluves d’un doux parfum qui se répand dans son sillage. « Excusez moi jeune homme, où avez-vous eu ce collier ? ». Plus rien, sauf le rire grossier d’une femme.

Version Bois et Menuiserie:

Dans une Clairière, à l’heure où la Photosynthèse est à son maximum, près du Bouleau.
Il a du Charme celui là. Il se dresse, Massif, devant moi. Son Tronc est long, son Ecorce Ebène, son Feuillage aussi doux que du Lichen. J’en Tremble, il ne faudrait pas que je fasse un Mélèze. Loin d’être une vieille Branche, il a la splendeur du Séquoia mature malgré les blessures d’amour qui lui ont été infligé par deux amoureux éperdus. Pour Sureau Cyprès de moi, il ne peut que sentir que je Cèdre, que je suis prêt à me Noyer, pris au piège dans son Etau, prêt à me faire Raboter et Dégrossir. Un gros Baobab esseulé nous regarde.
Il se Déracine, comme porté par le vent, et s’approche. Jeune Arbuste que je suis, je me plie vers l’arrière pour le regarder droit dans les Nœuds. Mon Hêtre devient dur comme du Bambou. Sa Sève est encore fraîche du Printemps et embaume l’air environnant : « Excuse moi pour la Chêne occasionnée mais Thuya Pêcher Houx ton collier ? ». Tiens ? Une mouette rieuse tente de faire son nid sur le Peuplier…

Version Bon Vivant:

Un Petit Pois dans une Cosse avec d’autres Petits Pois, à la pause Déjeuner, après un Rumsteack.
(J’ai encore faim.) Ils m’agacent, la Crevette et la Courge. Je suis seul avec ma Frite. Purée !! Ils ne peuvent pas faire ça ailleurs ? La grande Asperge regarde l’autre Cornichon qui ne ramène pas sa Fraise. Il croit qu’il va se faire Farcir peut-être ? Non mais qu’il a l’air d’une Huître avec ses Litchis ébahis ! (J’aurais du prendre le Poulet Rôti…). Le Concombre veut de la Sauce apparemment. Le Homard regarde la Langouste, ses Pâtes dansent la Carbonara tellement elle est intimidée… Non mais Salsifis oui!
Ah ! Le Caviar s’approche du Tarama ! (On arrive au Dessert) Les petits Oeufs ont l’air de se défiler les uns après les autres mais l’autre Barracuda, il ne lui dit pas qu’il aurait envie de lui Bouffer son Nem, il lui demande juste où est-ce qu’il a trouvé son Collier de Haricots. Le glouglou d’une Dinde qui n’attend que Thanks Giving.

24/10/2006

24/10/06 - 13:37

Il était fort mon papa...

Quelques souvenirs de mon père me reviennent. Assis sur ses genoux, il me faisait sauter jusqu'au plafond, danse infernale, quelques bosses sur le coin d'une table puis retour à l'hilarité. Pour m'avoir pansé de ses baisers, Il était fort mon Papa.

Quelques souvenirs de mon père me reviennent. Caché derrière un mur, il m'attendait, il m'attrapait et me chatouillait. On faisait la bagarre sur le lit, c'était amusant. De m'avoir fait croire que j'étais le plus fort, il était fort mon Papa.

Quelques souvenirs de mon père me reviennent. Son regard dans le rétroviseur en voiture, ce regard coquin et moqueur, il me surveillait, me protégeait, il était fier de moi et, sans les mots, me le montrait, il était fort mon Papa.

Quelques souvenirs de mon père me reviennent. Lui dans cette salle au papier peint vert. Le casque sur les oreilles. Elvis et Dalida, ses idoles. Le casque sur mes oreilles, je danse pour lui, on fait les pitres. De m'avoir fait rire, il était fort mon Papa.

Quelques souvenirs de mon père me reviennent. Ses cartes postales. Il écrivait mal et je lisais "Allons garçon" au lieu de "Mon garçon". Nous ne sommes pas allés bien loin ensemble, tout juste sept années d'absence. Il pensait à moi, il était fort mon Papa.

Quelques souvenirs de mon père me reviennent. Son regard, lorsque les bénévoles nous tendaient le sac avec les victuailles. Peu fier. Nécessaire. Ton coeur n'y était pas, la honte n'est pas dans le coeur de ces restos là. Il était fort mon Papa.

Quelques souvenirs de mon père me reviennent. Trop petit pour accéder à la fenêtre. Maman a son pull vert que je n'aime pas. "Il est par terre, vite descends". Traumatisme crânien, traumatisme tout court pour moi. Pourtant il était fort mon Papa.

Quelques souvenirs de mon père me reviennent. Les infirmières me connaissent, elles m'aiment bien et m'aident à faire mes devoirs en salle d'attente. Son visage est déjà evanescent quand je suis autorisé à le voir. Un maître des illusions, il était fort mon Papa.

Quelques souvenirs de mon père me reviennent. Un fou rire malgré nous. Tu vois un homme qui reste à sa place à travers la fenêtre de ta chambre; nous, nous ne voyons qu'un poteau. Ta vision est déjà atteinte. De voir au delà du visible, il était fort mon Papa.

Quelques souvenirs de mon père me reviennent. Rouen. Une heure de route et 5minutes de visite. je peux te faire du mal à mon insu. Une dernière carte postale: un chat. Dernier au revoir pour ma mémoire. D'être mort pour moi ce jour là, il était fort mon Papa.

Quelques souvenirs de mon père me reviennent. 28juillet 1988. Midi. Le téléphone sonne. Maman pleure. On m'emmène chez la voisine. Je pars 10jours chez Tata Bibiche. Pour avoir choisi le jour de sa mort, il était fort mon Papa.

Quelques souvenirs de mon père me reviennent. De retour à la maison. Maman a l'air triste. Dans la chambre sur le lit. "Papa a rejoint le ciel mon chéri". Je savais que c'était possible, mais d'être cosmonaute, il était fort mon Papa.

Quelques souvenirs de mon père me reviennent. De retour à l'hopital. Papa est déjà dans le ciel. On me dit de ne pas avoir peur. L'aiguille est longue mais j'pleure pas. Mon premier test HIV. Pour m'avoir fait faire des trucs pas de mon âge, il était fort mon Papa.

Quelques souvenirs de mon père me reviennent. 2 février 2005. Ton père est mort. Je ne suis pas triste, je ne l'aimais pas. Premier enterrement, une crémation. Maman m'explique car elle sait, c'est devenu son métier. D'avoir fourni du travail à maman, il était trop fort mon Papa.

Quelques souvenirs de mon père me reviennent. Ce n'est pas lui que j'ai vu mais bien toi. J'ai mis du temps à faire ton deuil. Je t'avais zappé, la télécommande de la facilité. Aujourd'hui mes souvenirs me reviennent, après si longtemps, tu devais être trop fort mon Papa.

Tu as été fort, mais, sans le savoir, tu as signé ton arrêt de mort. Je ne t'ai connu qu'à tes abords. Pas de souvenir de mes "je t'aime' serait mon seul remors. Tourner en rond et ne cesser de virer de bord, telle ne sera pas ma vie et je ne m'apitoierai pas sur un quelconque triste sort.

23/10/2006

23/10/06 - 16:36

A Norexie


Le Royaume de Norexie se trouvait dans une contrée lointaine, sur la Colline du Malêtre. Ce Royaume était riche et prospère et avait la particularité de ne pas avoir de roi. Chacun de ses habitants avaient un rôle bien défini et la société reposait sur le respect de l’autre et sur l’accomplissement de ses tâches respectives. Monsieur Cœur était chargé de l’irrigation, Monsieur Pénis et Mesdames Mains des loisirs, Madame Bouche de l’ingestion de l’alimentation...

Monsieur Esprit administrait tout. Il était en fait un collège de diverses entités et se répartissait les fonction : Madame Conscience de Soi enseignait l’épanouissement personnel des habitants, Monsieur Lucidité la conseillait et veillait à ce que les décisions soient prises avec bon sens. Madame Humour était attentive à la bonne humeur…

Tout se passait bien avec les autres Royaumes et Norexie respirait l’abondance et les promesses. Une des entités de Monsieur Esprit qui travaillait dans l’ombre, Monsieur Inconscient enferma un jour toutes les autres entités qui formaient le collège, prit en otage Madame Conscience de Soi, Monsieur Ca et Monsieur Surmoi et se proclama seul Monsieur Esprit.

La famine fut décrétée, les Zygomatiques fuirent et la vermine de la pire espèce s’établit à Norexie. Tous les habitants souffraient cruellement et s’affaiblissaient considérablement. Les Dames Dents tombaient les unes après les autres ou se fissuraient, Monsieur Estomac rétrécissait, Madame Ossature se fragilisait. Les bandits Ecchymoses pullulaient à travers le Royaume. Les Jumelles Joues, qui présentaient la météo dans tout le Royaume, se creusaient comme pour annoncer l’hécatombe. La taille du royaume était toujours d’un mètre soixante-dix mais son poids n’était plus que de quarante-deux kilogrammes. L'indice de développement se mesurant au rapport taille/poids, les autres royaumes commencèrent à s'inquiéter et à l'observer de près. Royaume mère et Royaumes Famille s'interrogèrent sur les raisons de cet amaigrissement mais n'en percèrent jamais la cause. Les différents pourparlers qui s'engagèrent ne donnèrent rien.

Monsieur Esprit était plus puissant que jamais. Tel un tyran, il avait pris l’ascendant sur tous les autres habitants et régnait sans partage. Il comprenait parfaitement ce qui se passait, savait qu’il en était responsable mais ne pouvait s’empêcher de vouloir faire souffrir ces compatriotes qu’il avait fini par haïr. Monsieur Esprit ne rêvait que de chaos et de mort alors même qu’il savait que cela entraînerait la sienne.

Monsieur Esprit refusait la part de féminité qu’il avait découvert peu de temps auparavant. Il s’en voulait aussi de ne pas avoir pu arrêter les intrus qui avaient pénétré son Royaume quelques mois auparavant et qui avaient enlevé Dame Virginité que personne ne revit jamais.

Sa folie le mena à la cruauté. Il aguichait ses vassaux par des orgies de nourriture qu’il décrétait empoisonnée aussitôt qu’elle était ingérée. Messieurs Acides avaient fini par brûler la voie d’accès à la nourriture jusqu’à l’inaccessibilité, de peur que Monsieur Esprit ne recommence. C’est la souffrance qui l’intéressait. Il lui fallait mentir, tricher pour faire naître de nouveaux espoirs au sein du Royaume et chez les autres Royaumes voisins commerçants, espoirs dont il épuisait l’essence jusqu’au désespoir. Il rusait, il rusait pour qu’on ne découvre pas son secret.

Pendant huit ans, Monsieur Inconscient fut le maître incontesté. Il oscillait entre goinfrerie sauvage et diète drastique. Les habitants du Royaume devaient payer leurs affronts, leur manque de courage face aux intrus. Ils devaient payer de s’être laissés envahir pendant que Monsieur Esprit se révoltait et résistait aux assauts, bien qu'impuissant.

Monsieur Spirituel, d’un Royaume voisin, grâce au jumelage de son Royaume avec Norexie permit de libérer et de rassembler ceux qui avaient été Monsieur Esprit. Il réhabilita Madame Conscience de Soi qui avait découvert une autre de ses fonctions. L’amour c’est mourir en soi pour renaître en l’autre. Ce fut le début d’une nouvelle aliénation, mais le Royaume de Norexie était heureux....et c'est une autre histoire.